La défense Alekhine, c’est quoi ?
La défense Alekhine tient en un coup : 1.e4 Cf6. Les Noirs ne posent aucun pion au centre. Ils sortent un cavalier qui attaque le pion e4, sachant très bien qu’il va être chassé — une fois, deux fois, parfois trois — et que chaque coup de chasse est un pion blanc de plus qui avance.
C’est une ouverture hypermoderne au sens le plus pur : l’idée n’est pas d’occuper le centre, c’est de le faire grossir jusqu’à ce qu’il ne tienne plus. Un pion qui avance ne recule jamais. Quatre pions blancs alignés sur e5, d4, c4 et f4 sont une force écrasante tant qu’ils sont soutenus, et quatre faiblesses à défendre dès qu’on les attaque à la base.
- Ce que tu gagnes : presque aucune théorie à mémoriser, un adversaire hors de sa préparation dès le premier coup, aucune faiblesse de pions, et des positions que personne ne joue par réflexe.
- Ce que tu paies : du temps — le cavalier bouge trois fois avant que rien ne soit développé — et de l’espace. Il n’y a rien qui joue tout seul dans cette position.
Les échiquiers de cette page notent les pièces à la française — C cavalier, F fou, D dame, T tour, R roi.
La défense Alekhine, coup par coup
ECO B05Position de départ, vue du côté noir.
Le cavalier : la seule chose à retenir par cœur
Voici la section la plus utile de cette page, et elle ne parle pas de théorie. Dans la ligne principale, les Blancs marquent 56,1 % entre 1000 et 1600 Elo après 2.e5. Une fois que les Noirs ont joué 2…Cd5, ce chiffre tombe à 53,9 %. Tout l’écart se trouve dans les 22,9 % de parties où le cavalier va ailleurs.
Le cavalier n’a que deux cases dans toute cette ouverture : d5 quand il est chassé par le pion e, puis b6 quand il est chassé par le pion c. Elles ne se déduisent pas, elles se retiennent — et une fois retenues, l’ouverture ne comporte plus aucun piège à ce stade.
La bonne route : d5 puis b6
ECO B02Les deux seules cases où le cavalier doit aller. Elles ne se déduisent pas : elles se retiennent une fois pour toutes, avant la première partie.
Le tableau ci-dessous liste les quatre déviations qui reviennent, avec ce qu’elles rapportent réellement. Aucune n’est une subtilité : ce sont des cases choisies parce qu’elles ont l’air plus actives.
| Le coup de cavalier | Part 1000-1600 Elo | Part chez les maîtres | Score des Blancs ensuite |
|---|---|---|---|
| 2…Cd5 — la bonne case | 77,1 % | 99,2 % | 53,9 % |
| 2…Ce4 ? | 10,5 % | 0,1 % | 63,1 % |
| 2…Cg8 — le retour | 7,2 % | 0,7 % | 58,2 % |
| 2…Cg4 ? | 3,0 % | 0 partie sur 18 120 | 68,2 % |
| 3…Cf4 ? (après 3.c4) | 8,6 % | 0 partie sur 1 685 | 64,5 % |
| 3…Cb4 ? (après 3.c4) | 8,1 % | 0,1 % | 59,4 % |
Ce que les Blancs font de leur centre
Avant les systèmes, un coup, et c’est le second réflexe de l’ouverture : …d6. Il attaque le pion e5 à sa base et déclenche tout ce qui suit. Sans lui, il n’y a pas de défense Alekhine — seulement une position étroite qu’on a acceptée pour rien.
Une fois …d6 joué, toute la partie tient à une question : les Blancs vont-ils garder leur pion e5, le renforcer par f4, ou l’échanger pour consolider ? Trois réponses, trois types de parties.
5.exd6 — la variante d’échange
ECO B03Les Blancs rendent la tension et gardent l’espace. C’est le choix de 71,8 % des maîtres — la façon la plus saine de jouer contre l’Alekhine, et la plus ennuyeuse à affronter.
5.exd6 — la variante d’échange
Le choix des maîtres : 71,8 % d’entre eux rendent la tension ici. Les Blancs renoncent au pion avancé, gardent un centre c4-d4 solide et un net avantage d’espace. C’est la façon la plus saine de jouer contre l’Alekhine, et la plus désagréable à affronter : il n’y a plus rien à miner.
Les Noirs ont un vrai choix à la reprise. 5…cxd6 ouvre la colonne c et laisse le pion e libre ; 5…exd6 dégage le fou f8 tout de suite. Les maîtres se partagent exactement moitié-moitié entre les deux — 50,1 % et 49,8 % sur 3 915 parties. C’est donc un choix de style, et il n’y a rien à mémoriser : prends celle dont le plan te parle.
5.f4 — l’attaque des quatre pions
La version brutale, et le moment où le pari de l’ouverture se joue pour de bon. Les Blancs prennent tout : c4, d4, e5 et f4. C’est 25,9 % des parties de maîtres et 23,5 % entre 1000 et 1600 Elo — la proportion la plus stable entre les deux populations de toute cette page.
La réponse ne se discute pas : 5…dxe5, tout de suite, joué par 72,4 % des maîtres. Puis, après 6.fxe5, le coup qui définit la position : 6…Cc6, qui attaque d4 et e5 en même temps.
4.c5 — la chasse, et pourquoi elle rate
Le troisième traitement n’est pas dans les livres comme un système, et c’est pourtant celui que tu verras le plus : les Blancs poussent 4.c5 pour chasser le cavalier une fois de plus. 35,8 % des joueurs entre 1000 et 1600 Elo le font, et 36,6 % des maîtres — qui n’y marquent que 47,7 % sur 616 parties.
C’est le seul coup fréquent de cette page où les Blancs font moins bien que la moyenne, et la raison est mécanique : le pion c5 a dépassé son propre centre. Il n’est plus soutenu par rien, il ne contrôle plus d5, et le cavalier noir revient tranquillement s’y installer. Les Noirs jouent ensuite …e6, …Cxc3 et …d6, et le pion avancé tombe.
♟ Part des parties · score des Blancs ensuite
Le cinquième coup blanc : ce que jouent les maîtres, ce que tu affrontes
La position après 1.e4 Cf6 2.e5 Cd5 3.d4 d6 4.c4 Cb6. Même position, deux populations, et des choix très différents.
| Coup ou ouverture | Chez les maîtres | Entre 1000 et 1600 Elo |
|---|---|---|
| 5.exd6 — la variante d’échangeRendre la tension et garder l’espace — score des Blancs : 52,9 % | 71,8 % | 30,2 % |
| 5.Cf3 — le développementLe réflexe naturel — score des Blancs : 51,3 % | 2,2 % | 27,5 % |
| 5.f4 — l’attaque des quatre pionsTout prendre — score des Blancs : 52,1 % | 25,9 % | 23,5 % |
| 5.Cc3 / 5.Ff4 / 5.c5 — les autresDéveloppements et poussées de côté — score des Blancs : 42 à 48 % | — | 13,4 % |
La ligne à retenir est la deuxième : 5.Cf3, que les maîtres ne jouent presque jamais (2,2 %), est le deuxième coup le plus fréquent entre 1000 et 1600 Elo (27,5 %). Il n’est pas mauvais, il est simplement neutre — les Blancs développent sans décider quoi faire de leur centre, ce qui laisse aux Noirs le temps de s’organiser. Un joueur qui prépare l’Alekhine en travaillant les lignes critiques travaille les positions qu’il verra le moins.
2.Cc3 : la ligne que tu affronteras le plus
Toute la littérature sur l’Alekhine commence par 1.e4 Cf6 2.e5. C’est ce que jouent 84,9 % des maîtres. Entre 1000 et 1600 Elo, c’est ce que jouent 31,9 % de tes adversaires — et 38,5 % jouent 2.Cc3, qui refuse poliment le débat.
| 2ᵉ coup blanc | Part 1000-1600 Elo | Part chez les maîtres | Score des Blancs chez les 1000-1600 Elo |
|---|---|---|---|
| 2.Cc3 — le refus | 38,5 % | 12,6 % | 54,2 % |
| 2.e5 — la vraie Alekhine | 31,9 % | 84,9 % | 56,1 % |
| 2.Cf3 | 9,2 % | ≈ 0 % | 48,7 % |
| 2.d3 | 7,8 % | 2,2 % | 51,4 % |
| 2.Fc4 | 4,2 % | 0,1 % | 50,1 % |
| 2.Df3 / 2.f3 / 2.d4 / autres | ≈ 8 % | ≈ 0 % | ≈ 49 % |
Bonne nouvelle : 2.Cc3 est aussi le seul deuxième coup fréquent que le moteur facture. Il rend 52 centipions — un demi-pion d’avantage — simplement parce que les Blancs renoncent à chasser le cavalier et bloquent leur propre pion c.
La réponse tient en un coup, et c’est le plus satisfaisant de l’ouverture : 2…d5. Les Blancs viennent d’ajouter un défenseur à leur pion e4, donc ils ne pourront plus le pousser confortablement ; les Noirs en profitent pour poser enfin un pion au centre, avec un cavalier déjà développé. C’est le coup de 67,0 % des maîtres.
Entre 1000 et 1600 Elo, il n’est joué que par 22,7 % des Noirs, et c’est le seul de la position où les Blancs restent sous les 50 % (49,8 %). À la place, 31,2 % jouent 2…e5 et transposent dans une partie ouverte ordinaire, 11,3 % jouent 2…Cc6 — et les Blancs y marquent 57,7 %.
2.Cc3 d5 3.exd5 — la voie d’échange
ECO B022.Cc3 refuse le débat. La réponse est immédiate : …d5, qui rend la position parfaitement saine pour les Noirs — et personne ne la joue en dessous de 1600 Elo.
Ce que l’Alekhine coûte vraiment
Une page honnête sur cette ouverture doit donner ce chiffre-là : contre 1…Cf6, les Blancs marquent 55,6 % chez les maîtres et 53,4 % entre 1000 et 1600 Elo. Chez les maîtres, c’est plus que contre la sicilienne (52,8 %), plus que contre la Caro-Kann (54,0 %), plus que contre 1…e5 (54,5 %), et à égalité avec la française (55,6 %). Entre 1000 et 1600 Elo, l’écart se creuse : aucune autre réponse sérieuse à 1.e4 ne dépasse 53 %.
Ce que ce chiffre ne dit pas, c’est où les points partent. Et la réponse est précise : dans les cinq premiers coups. Une fois les deux retraites de cavalier jouées correctement, …d6 joué et 2.Cc3 rencontré par …d5, les positions qui en sortent sont ordinaires — 51 à 53 % pour les Blancs, comme dans n’importe quelle défense.
Le moteur raconte la même histoire, en plus net. Voici les positions finales des cinq lignes principales de cette page, toutes jouées au mieux des deux côtés :
| La ligne | Évaluation après 7 coups |
|---|---|
| 4.c5 — la chasse | +0,15 |
| 2.Cc3 d5 3.exd5 — le refus | +0,29 |
| 2.Cc3 d5 3.e5 — le centre fermé | +0,46 |
| 5.exd6 — la variante d’échange | +0,56 |
| 5.f4 — l’attaque des quatre pions | +0,83 |
| 4.Cf3 Fg4 — la variante moderne | +0,94 |
Deux enseignements. Le premier : plus les Blancs sont ambitieux, plus l’écart se réduit — la chasse 4.c5 rend presque tout, et le refus 2.Cc3 aussi. Le second, moins confortable : la ligne principale de l’ouverture, celle des maîtres, est aussi celle où les Noirs sont objectivement le moins bien. L’Alekhine ne se joue pas pour égaliser ; elle se joue pour obtenir une position saine que l’adversaire ne connaît pas.
Les six réflexes de l’Alekhine
0/6Garde-les ouverts à côté de ta prochaine partie de Noirs. Ton avancement est conservé sur cet appareil.
♟ Les positions à rejouer sur un échiquier d’analyse
- Après 2.e5 : la retraite qui décide de la partieEssaie …Cd5, puis …Ce4, puis …Cg8, et regarde à chaque fois ce que les Blancs peuvent faire du cavalier au coup suivant. Trois positions, trois parties différentes.
- L’attaque des quatre pions, avant la ruptureLe moment critique. Joue …dxe5, puis …Cc6 après la reprise, et compte les défenseurs de d4 et de e5. C’est ce calcul-là que 69 % des Blancs ratent au coup suivant.
- Après 4.c5 : le pion qui est allé trop loinTrouve les trois choses qui ne vont plus dans la position blanche. Elles sont toutes visibles à l’œil nu, et c’est ce qui rend cette ligne si rentable en pratique.
- Après 2.Cc3 : la position que tu verras le plusJoue …d5 et regarde les deux réponses blanches, 3.exd5 et 3.e5. Les deux mènent à des parties parfaitement jouables — c’est le coup à ne pas oublier.
Et si c’est toi qui joues les Blancs ?
Un joueur de 1.e4 rencontre l’Alekhine dans une partie sur quatre-vingts entre 1000 et 1600 Elo (1,2 % des réponses). C’est rare, et c’est justement pour ça qu’il vaut mieux avoir décidé à l’avance : la position se présente si peu souvent qu’on y improvise toujours.
| Ton choix | Ce que ça demande | Pour qui |
|---|---|---|
| 2.e5 Cd5 3.d4 d6 4.Cf3 puis 5.exd6 | Rien de plus que du développement : rendre la tension et jouer avec l’espace en plus | Le meilleur rapport travail / résultat — c’est ce que jouent 71,8 % des maîtres au 5ᵉ coup, et rien ne peut mal tourner |
| 2.e5 Cd5 3.d4 d6 4.c4 Cb6 5.f4 | Savoir défendre d4 par 7.Fe3 après …dxe5, …Cc6 — et surtout ne pas jouer 7.Cf3 | Les joueurs d’attaque qui acceptent d’étudier une ligne précise : mal jouée, elle rapporte 42,9 % seulement |
| 2.Cc3 | Rien du tout : refuser le débat et jouer une partie normale | Le choix pragmatique, et le plus fréquent en pratique (38,5 %) — 54,2 % de score, sans une ligne à retenir |
| 3.c4 Cb6 4.c5 — chasser encore | Rien, et c’est le problème : le pion dépasse son propre centre | Personne : 47,7 % seulement chez les maîtres, le plus mauvais score d’un coup fréquent sur cette page |
Les erreurs qui coûtent le plus cher
Aucune de ces cinq erreurs n’est un oubli de théorie. Ce sont des réflexes, et ils reviennent partie après partie — les chiffres ci-dessous viennent de la tranche 1000-1600 Elo.
- Avancer le cavalier au lieu de le retirer. 2…Ce4 (10,5 %), 2…Cg4 (3,0 %), 3…Cf4 (8,6 %) : à chaque fois, la pièce a l’air active et n’est soutenue par rien. Un cavalier sans case de retraite est une pièce en sursis, pas une pièce agressive.
- Ne jamais jouer …d6. C’est l’erreur qui définit l’ouverture. Le pion e5 blanc n’est pas gênant en soi : il le devient quand on le laisse s’installer. On attaque une chaîne de pions à sa base, et la base de celle-ci est d4 — donc on frappe par …d6, puis par …c5.
- Reculer devant les quatre pions. L’attaque 5.f4 est faite pour impressionner. Les Noirs qui répondent par des coups d’attente perdent l’espace coup après coup ; ceux qui jouent …dxe5 et …Cc6 obtiennent le meilleur score noir de toute cette page.
- Reprendre en d6 avec la dame. 8,4 % des Noirs, 61,6 % pour les Blancs ensuite. La dame sortie tôt sur une case attaquable donne à l’adversaire exactement ce que l’Alekhine cherchait à lui refuser : des coups de développement qui gagnent du temps.
- Préparer 2.e5 et improviser contre 2.Cc3. La deuxième arrive plus souvent que la première. Une préparation d’Alekhine qui ne contient pas la réponse …d5 à 2.Cc3 laisse de côté deux parties sur cinq.
L’Alekhine selon ton niveau
La même ouverture ne se travaille pas de la même façon à 900 et à 1800 Elo. Voici ce qui rapporte réellement des points, palier par palier.
| Ton niveau | Ce que tu joues dans l’Alekhine | Ce qui te fait vraiment gagner des points |
|---|---|---|
| Moins de 1000 | Rien : une ouverture qui commence par céder l’espace n’est pas le bon terrain | Une défense qui pose un pion au centre. L’Alekhine demande de tenir une position étroite sans paniquer, ce qui n’est pas la compétence à travailler en premier |
| 1000 – 1400 | Les deux retraites de cavalier, …d6, et …d5 contre 2.Cc3 | Ces trois choses et rien d’autre. Elles couvrent plus de 90 % de ce qui décide tes parties dans cette ouverture, et se retiennent en dix minutes |
| 1400 – 1800 | La réponse aux quatre pions, et le choix de reprise après 5.exd6 | Reconnaître le type de centre en face avant de développer : garder, renforcer ou échanger, ce sont trois plans noirs différents et il faut choisir tôt |
| 1800 et plus | La variante moderne 4.Cf3 Fg4 dans le détail, et les plans de manœuvre après l’échange | Jouer pour gagner dans les positions calmes : c’est le vrai reproche fait à l’ouverture, et le seul qui tienne |
Aller plus loin·Voir toutes les ouvertures et comment construire ton répertoire
§ Ton Alekhine, tes chiffres
Où tes parties basculent-elles vraiment ?
On décode tes 500 dernières parties et on compare tes ouvertures entre elles : ton taux de victoire avec l’Alekhine, la ligne blanche qui plombe ton score, et ce qu’il faut travailler en premier. Aperçu gratuit, sans installation.
Questions fréquentes
« A-lié-khine », avec le kh raclé du russe — pas « alékine » ni « alèchine ». Alexandre Alekhine (1892-1946) est un joueur russe puis français, champion du monde de 1927 à 1935 et de 1937 à sa mort. Il a introduit 1…Cf6 en tournoi en 1921, à Budapest, à une époque où sortir un cavalier avant un pion central passait pour une provocation gratuite. C’était le but : l’école hypermoderne, qui naissait alors, soutenait qu’un centre de pions occupé trop tôt devient une cible. L’ouverture porte son nom parce qu’il a été le premier à la jouer sérieusement au plus haut niveau, pas parce qu’il l’a inventée.
À lire ensuite
L’Alekhine est une réponse à 1.e4 parmi d’autres. Voici les pages du guide qui la prolongent — celles marquées « bientôt » sont en cours de rédaction.