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§ Ouvertures

Le système de Londres aux échecs

Le système de Londres se joue presque toujours de la même façon : huit coups, une structure, et un plan qui ne dépend quasiment pas de ce qu’on te joue en face. C’est ce qui en fait l’une des portes d’entrée les plus rentables vers les ouvertures aux échecs — et aussi celle qui plafonne le plus vite quand on la joue sans réfléchir. Ce guide décode la mise en place, les trois plans qui font gagner, la seule ligne que tu dois vraiment préparer, et le moment où le système cesse de suffire. Tout est jouable sur l’échiquier, coup par coup.
12 min de lectureMis à jour le

Le système de Londres, c’est quoi ?

Le système de Londres tient dans un seul coup : 1.d4 suivi de 2.Ff4. Tout le reste — e3, Cf3, c3, Fd3, Cbd2, le roque — vient ensuite, dans l’ordre que tu veux, et quasiment quelle que soit la réponse noire.

Ce qui compte, c’est quand le fou sort. Dans la plupart des ouvertures de pion dame, les Blancs jouent e3 tôt, et le fou de cases noires se retrouve coincé derrière ses propres pions pour le reste de la partie — c’est le fameux « mauvais fou » du répertoire 1.d4. Le système de Londres règle le problème d’un geste : le fou sort avant que la porte ne se referme.

Les échiquiers de cette page notent les pièces à la françaiseC cavalier, F fou, D dame, T tour, R roi.

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La mise en place complète

ECO D00
1.2.3.4.5.6.7.8.

Position de départ. Le système de Londres se joue avec les Blancs — c’est toi qui imposes le terrain, dès le premier coup.

La mise en place complète du système de Londres. Clique sur un coup de la liste pour sauter à cette position.

Ce qu’un système te donne — et ce qu’il te coûte

Une ouverture classique est un arbre : à chaque coup adverse correspond une réponse à connaître. Un système est l’inverse — une position d’arrivée que tu construis presque indépendamment de l’adversaire. Ce changement de nature a trois conséquences très concrètes.

  1. Tu ne te fais jamais sortir du livre. Personne ne peut te préparer une variante : il n’y a pas de variante. Ton adversaire peut connaître vingt coups de sa défense préférée, tu joueras les mêmes huit coups.
  2. Tu récupères du temps de réflexion. Les huit premiers coups partent en quelques secondes. En blitz et en rapide, c’est un avantage mécanique qui n’a rien à voir avec les échecs, et qui gagne des parties.
  3. Tu obtiens rarement un gros avantage. C’est le prix à payer, et il faut l’accepter d’entrée : le système de Londres vise une position saine et jouable, pas un avantage d’ouverture. Si tu cherches à punir l’adversaire dès le dixième coup, ce n’est pas la bonne ouverture.

La mise en place, case par case

Six pièces, six cases, et deux règles d’ordre. C’est tout ce qu’il y a à mémoriser dans l’ouverture — garde la liste sous les yeux le temps de la première dizaine de parties.

Ta mise en place, coup par coup

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Garde-la ouverte à côté de ta prochaine partie de Blancs. Ton avancement est conservé sur cet appareil.

Les trois plans du système de Londres

Une fois la maison construite, il faut un plan — et c’est là que se joue la différence entre un joueur de Londres qui progresse et un joueur de Londres qui stagne. Trois plans existent, et c’est la position noire qui décide lequel s’applique, pas ta préférence.

L’attaque de l’aile roi

Le plan principal, et de loin le plus rentable en club. Il tient en quatre étapes : roquer, poser un cavalier en e5, le verrouiller avec f4, puis ouvrir la colonne f. Il s’applique quand les Noirs ont roqué court et joué …d5 — c’est-à-dire dans la majorité de tes parties.

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L’attaque de l’aile roi

ECO D00
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13.14.15.

Le plan qui rapporte le plus de points en club : roquer, occuper e5, verrouiller avec f4, puis ouvrir la colonne f. Rien n’est forcé — ce sont des cases à prendre dans l’ordre.

Le plan d’attaque type. Aucun coup n’est forcé : ce sont des cases à occuper dans l’ordre, ce qui le rend rejouable partie après partie.

Deux détails décident de tout. Le premier est le recul du fou en g3 plutôt que son échange : un débutant échange volontiers les fous pour « simplifier », et liquide ainsi la pièce qui tient e5. Le second est la réponse à …Ce4, le contre-jeu naturel des Noirs — il faut échanger ce cavalier, pas l’ignorer pour poursuivre l’attaque.

La rupture e3-e4

Quand les Noirs jouent passivement et laissent le centre tranquille, les Blancs peuvent préparer e3-e4 avec Cbd2, Te1 et parfois Dc2. La position s’ouvre au moment où tu es mieux développé — c’est le plan le plus simple à jouer, et le plus rare, parce qu’il demande une passivité que les Noirs n’offrent pas toujours.

Le jeu sur l’aile dame

Contre les setups avec …g6, l’attaque de l’aile roi ne mène nulle part : le fou g7 et le pion g6 tiennent la maison. Le plan bascule alors sur l’aile dame — colonne c, poussée b4, pression sur c5 — avec une position très solide et un jeu lent. C’est le plan que les joueurs de Londres connaissent le moins, et c’est celui qui leur manque le plus souvent.

Si les Noirs…Ton planCoup cléRythme
jouent …d5 et roquent courtAttaque de l’aile roiCe5 puis f4Rapide, direct
restent passifs au centreRupture centralee3-e4Moyen
jouent …g6 et fianchettentJeu sur l’aile damec4 ou b4Lent, manœuvrier
La question à se poser au huitième coup n’est pas « quel est mon plan préféré ? » mais « qu’est-ce que la structure noire autorise ? ».

Ce que les Noirs vont t’opposer

Le système est solide, mais il n’est pas gratuit : sortir le fou en f4 laisse une case sans défense, et retarder le développement de l’aile roi laisse une manœuvre à l’adversaire. Deux positions à connaître, et le reste se joue tout seul.

…c5 et …Db6 : le vrai test

C’est la ligne à préparer. Les Noirs frappent d4 avec …c5, puis sortent la dame en b6 : le fou ayant quitté c1, plus personne ne défend b2. La plupart des joueurs de Londres découvrent cette position en partie et improvisent une défense passive du pion — c’est précisément ce qu’il ne faut pas faire.

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…c5 et …Db6, le vrai test

ECO D00
1.2.3.4.5.6.7.8.

La seule chose que tu dois vraiment préparer. Les Noirs attaquent b2 pendant que le fou est parti — et la réponse tient en un coup à retenir.

La réponse moderne : les Blancs abandonnent b2 et développent. Compare les deux onglets — c’est la même position au troisième coup, selon que l’adversaire ose prendre ou non.

Retiens le mécanisme plutôt que la suite : 4.Cc3 puis 5.Cb5, avec la menace Cc7+ qui fourche roi et tour. La dame noire est loin, les Blancs développent avec des menaces, et l’avidité se paie — au minimum par une nulle par répétition, souvent par une position bien pire pour celui qui a pris le pion.

Les setups …g6

L’autre moitié de tes parties. Les Noirs ne jouent pas …d5 mais …Cf6, …g6 et …Fg7, dans un schéma de type est-indienne. Le centre reste souple, et surtout, le cavalier vient chasser ton fou avec …Ch5.

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Contre le fianchetto (…g6)

ECO A45
1.2.3.4.5.6.7.8.9.

Le second cas à connaître. Les Noirs ne bloquent pas le centre : ils visent directement le fou f4 avec …Ch5, et il faut savoir où le mettre.

Contre le fianchetto, le fou se replie en h2 et garde sa diagonale. Le coup h3, joué en prévention, est ce qui rend le repli possible.

La règle est simple : joue h3 avant que …Ch5 arrive, et recule en h2 quand il arrive. Le fou n’a l’air de rien en h2 — il tient la case e5 toute la partie. Et change de plan : contre cette structure, l’attaque de l’aile roi ne donne rien.

La Jobava, la version tranchante

Même fou, même première idée, partie complètement différente. La Jobava — du nom du grand maître géorgien Baadur Jobava, qui l’a popularisée dans les années 2010 — remplace Cbd2 par 2.Cc3. Le cavalier bloque le pion c, donc adieu la solidité du triangle ; en échange, il libère un saut en b5 et soutient une future poussée e4 que le système classique ne peut jamais jouer.

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La Jobava (2.Cc3 et 3.Ff4)

ECO D01
1.2.3.4.5.6.7.8.

Le même fou, un cavalier ailleurs, et une partie complètement différente. La Jobava garde la mise en place du système de Londres et remplace la solidité par du jeu de pièces.

La Jobava garde la mise en place du système de Londres et remplace la solidité par du jeu de pièces. Le saut en b5 est sa signature — c’est le même motif que dans la ligne …Db6.

Note bien ce que la Jobava promet et ce qu’elle ne promet pas. Elle ne donne pas d’avantage : la position finale ci-dessus est équilibrée. Ce qu’elle donne, c’est une position dissymétrique, un adversaire hors de son répertoire anti-Londres, et des coups à trouver des deux côtés.

Les erreurs qui coûtent le plus cher

Aucune n’est une erreur de théorie — le système n’en demande pas assez pour ça. Ce sont cinq réflexes, et ils reviennent partie après partie.

  • Jouer e3 avant de sortir le fou. L’erreur qui annule l’ouverture entière. Tu te retrouves avec la position d’un Colle et un fou enfermé pour quarante coups, sans avoir choisi de jouer un Colle.
  • Échanger le fou f4 contre un fou. C’est la pièce qui tient e5 et qui rend l’attaque possible. Recule-le en g3 ou en h2 — toujours, et de préférence avant qu’on te pose la question.
  • Attaquer l’aile roi contre un fianchetto. Le plan Ce5-f4-f5 est excellent contre …d5 et catastrophique contre …g6 : tu affaiblis ton propre roi pour rien. Le plan se choisit sur la structure adverse.
  • Défendre b2 passivement après …Db6. Jouer Dc1 ou b3 pour tenir le pion donne exactement ce que les Noirs veulent : une position sans plan. Développe, et laisse-les venir chercher le pion.
  • Ne jamais regarder ses propres résultats. La plus coûteuse, et la plus facile à corriger. Un système se répète : c’est justement ce qui rend tes statistiques lisibles. Si tu perds tes parties de Londres, elles diront contre quelle structure — presque toujours une seule.

Le système de Londres selon ton niveau

La même ouverture ne se travaille pas de la même façon à 900 et à 1800 Elo. Voici ce qui rapporte réellement des points, palier par palier.

Ton niveauCe que tu joues dans le systèmeCe qui te fait vraiment gagner des points
Moins de 1000Les huit coups de mise en place, et rien d’autreArrêter de laisser des pièces en prise — l’ouverture ne décide aucune de tes parties
1000 – 1400Le plan Ce5 + f4, et le repli du fou en g3 ou h2La tactique élémentaire, et le réflexe de regarder le coup adverse avant de jouer le tien
1400 – 1800Les trois plans, et la réponse préparée à …c5 et …Db6Choisir le plan sur la structure adverse plutôt que par habitude
1800 et plusL’ordre des coups assumé, et la Jobava en seconde armeLes structures de milieu de jeu, et savoir quand le système ne suffit plus
Un joueur de 1100 Elo qui travaille l’ordre des coups anti-…Db6 travaille le seul domaine qui ne décide pas ses parties.

Aller plus loin·Voir toutes les ouvertures et comment construire ton répertoire

§ Ton Londres, tes chiffres

Ton système de Londres te rapporte-t-il vraiment des points ?

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Questions fréquentes

Le nom vient du grand tournoi de Londres de 1922, où plusieurs des meilleurs joueurs du monde — dont Capablanca, Alekhine et Rubinstein — ont employé la mise en place 1.d4 suivi de Ff4. L’ouverture existait avant, mais c’est ce tournoi qui lui a donné son étiquette, et elle l’a gardée. Le mot « système » n’est pas décoratif : il signale qu’il s’agit d’une mise en place répétable plutôt que d’un arbre de variantes.

À lire ensuite

Le système de Londres fait partie du répertoire 1.d4. Voici les pages du guide qui le prolongent — celles marquées « bientôt » sont en cours de rédaction.

Gambit dameBientôtLe pion c4 n’est pas vraiment offert — et c’est tout l’intérêt.
Est-indienne & indiennesBientôtLa grande famille hypermoderne contre 1.d4.
Défense slaveBientôtSoutenir d5 avec c6 et garder son fou de cases claires dehors.
Répertoire BlancsBientôtUn premier coup, quelques structures : le répertoire minimal des Blancs.